Ercilia Costa

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« Sa voix est un fil d’argent, cristallin, un murmure doux et tendre,
qui entre dans notre âme, comme la rosée matinale,
pour adoucir les brûlures de nos vies
. »
(Diário Português, Rio de Janeiro)

 

L’annonce dans le journal indiquait que le Thêatre National de S. Carlos cherchait des jeunes chanteurs, pour les besoins d’une représentation.
Cest par hasard que le regard de la jeune Ercilia Costa s’y est accroché et c’est en rêvant d’un monde meilleur qu’elle s’est présentée quelques jours plus tard au Conservatoire de Lisbonne. Sa voix de « fadista » lui a permis d’être retenue, mais, malheureusement, le spectacle n’a jamais pu avoir lieu.

Alors la jeune Ercilia Costa, fille de pêcheurs  vivant dans un quartier pauvre de la Costa da Caparica, au sud du Tage est retournée à sa vie où seuls les murmures doux de ses rêves venaient alléger ses tristesses.

Quelque temps plus tard, l’acteur Eugénio Salvador, pour les besoins d’une revue au Théâtre Maria Vitória, s’est souvenu d’une voix magnifique qu’il avait entendu, un jour, au Conservatoire de Lisbonne.

C’est ainsi qu’Ercilia Costa fait ses premiers pas au théâtre, dans une revue, aux côtés d’artistes confirmés comme Luisa Satanella et Beatriz Costa. Sa voix a été rapidement remarquée par la radio où elle chantait en direct et tous ceux qui ont eu le privilège de l’entendre s’accordent à dire qu’elle était une des plus belles voix du fado de la première moitié du vingtième siècle.

Le cinéma n’a pas tardé à lui faire des propositions. Elle sera à l’affiche du film Madragôa présenté au Monumental, à Lisbonne, en janvier 1952.

C’est Ercilia Costa qui a fait sortir le fado des rues mal famées et sordides de Lisbonne, peuplées de bagarreurs, d’ivrognes et de femmes de mauvaise réputation pour entrer dans les maisons de fados de Lisbonne, comme le Retiro da Severa, qui ne tardent pas à se remplir de familles « respectables » et bourgeoises, qui venaient écouter la « Sainte du fado », puisqu’on disait que quand Ercilia s’apprêtait à chanter il y avait comme un silence religieux et que le fado devenait une religion. Selon les récits, la voix d’Ercilia avait quelque chose de la tragédie grecque. Elle chantait les larmes aux yeux et les gens pleuraient, émus par sa voix.

Elle s’est retirée de la vie artistique, après s’être mariée, au début des années 50, et n’a jamais cédé à la tentation de retourner sur scène. Cependant, elle n’a jamais vraiment quitté la scène, selon ses dires : « … je n’ai jamais fait mes adieux puisqu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve et j’aurais pu avoir besoin d’y retourner… »

Ercilia Costa est décédée en 1985. Elle restera dans nos mémoires comme celle qui a fait entendre le fado pour la première fois hors du Portugal. C’est à Paris, lors de l’Exposition Internationale de 1937 et ensuite au Théâtre des Champs-Elysées, avant de partir pour New-York, Boston, Los Angeles, Hollywood, etc., que parmi ceux qui l’ont applaudie chaleureusement il y avait un certain Bing Crosby. Ensuite ça a été le tour du Brésil où elle s’est produite à São Paulo, Bahia, Pernamnuco et bien évidemment Rio de Janeiro, et puis partout dans le monde, jusqu’à nos cœurs…

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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6 réponses à Ercilia Costa

  1. Claire-Lise dit :

    Un visage de Madone  ! Quant à sa voix, ce beau billet donne très envie de l'entendre. Je vais donc faire comme JC dans les jours qui viennent. 

  2. Denise dit :

    Comme JC, j'ai écouté sur You tube et je trouve très beau!

    Un grand merci Armando pour ton merveilleux billet qui me fait connaître Ercilia Costa 😉
     

  3. quel personnage !

  4. Dominique dit :

    l'ancêtre des chanteuses de Fado d'aujourd'hui et "sainte" en plus !

  5. Toutes les grandes villes du monde ont des rues mal famées et sordides […], peuplées de bagarreurs, d'ivrognes et de femmes de mauvaise réputation. Et exceptionnelles sont ces rues qui donnent au monde de si beaux talents!

  6. JC dit :

    J'ai écouté quelques morceaux sur You tube
    Merci pour la découverte

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