Mãe Preta (Mère noire)


Une des implications certaines du film Les Amants du Tage est le fait que la chanson Mãe Preta, une chanson écrite par les Brésiliens Caco Velho (Matheus Nunes) et Piratini, initialement prévue pour être chantée par Amália n’a pas pu l’être puisqu’interite par la censure.
Inspiré par une vieille image en carton que Caco Velho aurait trouvée dans la maison familiale, le texte de Mãe Preta, parle de l’esclavage et de la ‘nourrice noire’ qui prend soin des fils du maître.
Des thèmes très sensibles pour n’importe quelle dictature et, en particulier, la dictature colonialiste portugaise très frileuse, qui se débattait déjà avec quelques problèmes sérieux dans les provinces d’outre-mer.
Le poète David Mourão Ferreira, sollicité pour écrire un texte sur la musique, transfère pour la voix profonde d’Amália un texte imprégné de la tragédie d’un amour brisé par la mer, sous le titre de Barco Negro (Bateau Noir), avec lequel la Diva parcourra le Monde.

Dans certains disques d’Amália, comme dans celui de la chanson du film dont la présentation d’Amália est prise en charge par un certain Ray Ventura, on trouve la mention de Barco Negro (Mãe Preta).
Curieusement, je n’ai jamais trouvé aucune version de la chanson, portant le texte original de Mãe Preta dans la voix d’Amália.
Cette chanson a été attribuée à tort au patrimoine portugais, puisqu’il s’agit d’une chanson bel et bien brésilienne. Elle a connu un premier enregistrement en 1943, par le groupe brésilien Tocatins, avant d’être également enregistrée par Gilda Valença et Ester de Abreu en 1954, Edson Lopes en 1955 et Dirceu Matos en 1957.
Maria da Conceição (dont le label Estoril, vient de sortir un album de 12 titres), après son retour d’Angola, en 1952, apporte dans son répertoire la chanson Mãe Preta ainsi que Casa portuguesa (une chanson carte postale à qui Amália a donné ses lettres de noblesse et qui a fait le tour du monde). Maria da Conceição aurait, par la suite, enregistré Mãe Preta, en 1954, et connu au Portugal un tel succès qu’une maison de fados portant le nom de la chanson aurait été ouverte à Alfama, un quartier de Lisbonne.
Maria da Conseição aurait également connu quelques problèmes avec la censure portugaise et, de ce fait, les paroles ont été changées de (la traduction est libre, bien entendu) : pendant que dans les champs le fouet frappait son amoureux / Mère noire cajolait le fils blanc du maître pour pendant que dans les champs travaillait son amoureux / Mère noire cajolait le fils blanc du maître, ce qui rend celles-ci dûment autorisées par la censure comme il en ressort à partir du document ci-dessous.
Même s’il me semble indiscutable qu’Amália a donné, lors du film Les Amants du Tage, à cette chanson une universalité qu’elle n’aurait sans doute jamais connue, ce serait un acte de mauvaise foi de lui en attribuer la paternité.
En 2003, Maria Teresa, dans son merveilleux album O mar…, a réussi la fusion heureuse de Mãe Preta et Barco Negro et il me vient l’envie de vous offrir ce moment de grâce…
Et puis, et uniquement parce que c’est vous - j’ai envie de vous faire écouter trois autres versions de cette magnifique chanson, celle de Maria da Conceição (sans censure)
Dulce Pontes, album Caminhos, 1966
Duo Ouro Negro, un groupe originaire d’Angola
en ce samedi, en complément de mon billet du mercredi 28 octobre, sur Les Amants du Tage qui souvenez-vous, est le titre d’un roman de Joseph Kessel qui, l’air de rien et malgré qu’il ne soit pas un chef-d’œuvre, évoque tellement de choses si sensibles et tellement chères a ce cœur portugais qui est le mien.
[Amália Rodrigues - Barco Negro (Live, Japan 1970)]






31 octobre 2009 à 11:51
Merci Armando mais je garde Amalia
31 octobre 2009 à 12:44
Da tristeza dolente, na voz da Dulce Pontes ao compasso caloroso do duo Ouro Negro!
Nada como o ritmo africano…o sentir é logo outro… O sol reaparece em Bruxelas!
Bom fim de semana!
31 octobre 2009 à 15:38
C’est un documentaire passionnant Armando qui m’apprend beaucoup de choses.
Merci infiniment.
J’ai passé un moment merveilleux à écouter toutes ces superbes voix.
Bisous
31 octobre 2009 à 17:58
magnifique billet …
un bonheur …
Bisous
31 octobre 2009 à 22:07
On est plus riche quand on repart de chez toi Armando ! et remplis de douceiurs et de frissons … quel bonheur d’écouter ! J’ai bien aimé Maria Teresa mais je dois dire que le Live d’Amalia au Japon est un grand moment !
Merci pour tout
Passe une belle soirée
Bises en bleu nuit
31 octobre 2009 à 23:29
Une chanson, son histoire, plusieurs versions, tout un cadeau que tu nous fais là, et qui prolonge si bien ce que tu avais annoncé mercredi!