
[Logo sur une image de Pierre Zanzucchi]
Pour l’amour d’un joli jeu de mots, j’ai lu quelque part un jour une phrase qui s’adressait à tort à moi, mais qui m’a profondément blessé : «il écrit comme il pense».
Cette phrase s’est accrochée à mes pensées longtemps. Et j’ai souffert de cette volonté manifeste d’humilier l’autre en tant qu’être humain. Comme si on pouvait tirer une quelconque gloire de l’humiliation d’autrui, aussi bonne pouvait en être la raison.
Par la force des souvenirs, il m’est revenu en mémoire qu’un jour, dans un forum, j’ai commis un impair en confondant humeur et humour. Ceci a fait les beaux jours hilares de quelqu’un de très moralisateur et respectable qui n’a pas manqué de relever, avec un amusement méprisable et hautain, ma méconnaissance de la langue française.
Curieusement, certains événements récents m’amènent à penser à ces deux choses dont j’aurais bien pu me passer et qui restent étrangement gravées en moi comme des blessures.
Je sais que l’éloquence de leurs auteurs est à elle seule suffisante pour exposer un récit qui prouvera que c’est celui qu’on blesse qui est le vrai coupable.
Cependant, je ne peux m’empêcher de penser souvent à mon bon vieux professeur de langue portugaise qui, dans son immense culture et sa tolérance de l’autre, nous façonnait l’esprit pour nous apprendre qu’il faut toujours faire l’effort de comprendre les mots que l’autre ne sait pas exprimer; sinon, à quoi peut nous servir la connaissance des mots?
Et en pensant à tout cela, il me semble aussi clair que l’eau des fontaines que dans ce «il écrit comme il pense», il y a beaucoup de «je lis comme je pense».
Et la nuance est de taille.